Qu’il ait fallu une simple panne d’électricité à l’aéroport de N’Djili pour révéler au grand jour l’état lamentable de nos infrastructures critiques, en dit long sur notre résignation collective face au système du “débrouillez-vous”.
L’avion du Président de la République a été retardé non pas à cause d’une catastrophe naturelle ou d’une cyberattaque, mais à cause d’un incident banal et humiliant : une coupure de courant. La SNEL, entreprise publique à l’agonie depuis des décennies, a encore frappé, rappelant à tous – du citoyen lambda au chef de l’État – que nul n’est épargné.
Un symbole accablant
1. L’insécurité totale : Un aéroport international sans alimentation de secours fiable viole les règles de base de la sécurité aérienne. Chaque avion qui atterrit à N’Djili est potentiellement en danger, non pas à cause du ciel, mais à cause de l’impréparation au sol.
2. L’image d’un État failli : Comment un pays aux ressources immenses peut-il être incapable d’alimenter en électricité son aéroport principal ? Cette scène ridicule envoie un signal négatif aux investisseurs et ternit l’image de la nation.
3. L’omerta et l’improvisation : Les excuses sont toujours les mêmes – “problème technique”, “défaillance du réseau”. Où sont les systèmes de secours automatiques censés s’activer en quelques secondes ? Soit ils n’existent pas, soit ils sont négligés, soit le personnel n’est pas formé. Dans tous les cas, c’est une faute grave.
4. Deux poids, deux mesures : Ce scandale fait la une uniquement parce que l’avion présidentiel était concerné. Qu’en serait-il si c’était un vol commercial rempli de passagers ordinaires ?
Un mal profond
Ce n’est pas un fait divers. C’est un symptôme :
d’un État qui privatise sa sécurité faute de moyens publics fiables,
d’un mépris pour la chose publique,
d’une incapacité à prioriser les infrastructures vitales : aéroports, hôpitaux, centres de données doivent être autonomes énergétiquement.
Plus jamais ça
Cet épisode n’est pas seulement une honte pour la SNEL, mais pour toute la chaîne de gestion et de décision. Plutôt que de se contenter de rétablir le courant et de suspendre quelques responsables, il faut :
une commission d’enquête parlementaire,
des sanctions exemplaires,
un plan d’urgence national pour sécuriser nos infrastructures critiques.
Car la prochaine fois, ce ne sera peut-être pas l’avion présidentiel, mais un appareil de ligne avec 200 passagers à bord.
La RDC mérite mieux. Ses citoyens méritent mieux.
Et cela commence par une exigence simple, élémentaire, mais vitale : avoir de la lumière dans notre principal aéroport.
Salomon Bimansha

