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Tribune : Face à la décision du CSAC, les médias se retrouvent dans une zone grise, entre respect des autorités et obligation d’informer. [Marcel Kazanga]

La dernière décision du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et de la Communication (CSAC) de suspendre la diffusion d’informations relatives à Joseph Kabila, Président de République honoraire, et au PPRD, est un signal d’alarme. Pas tant pour ce qu’elle interdit — encore qu’il s’agisse de sujets d’intérêt public majeur — mais pour la manière dont elle a été prise : sans acte officiel, sans référence juridique claire, sans débat.

Voilà donc les médias congolais placés dans une zone grise : celle où l’on ne sait plus si l’on risque une sanction pour avoir simplement informé, analysé ou cité un acteur politique pourtant toujours présent dans le paysage institutionnel du pays. Doit-on se taire, ou faire notre métier ?

Une décision arbitraire dans un État qui se dit démocratique

Christian Bosembe, président du CSAC, a annoncé cette décision oralement, sur une radio privée, comme s’il suffisait d’un micro pour faire loi. Or, dans un État de droit, ce n’est ni le micro ni l’humeur du jour qui gouvernent, mais les textes. La régulation des médias est une responsabilité sérieuse, encadrée par des lois, des procédures, des principes. Déroger à cette rigueur, c’est basculer dans l’arbitraire.

La question n’est pas ici de défendre Joseph Kabila ou le PPRD. Ce débat-là est ailleurs. Ce qui est en jeu, c’est notre conception de la démocratie. C’est la liberté de la presse, c’est l’équilibre des pouvoirs, c’est le droit du public à être informé — y compris sur des faits dérangeants ou des figures controversées.

Une dérive aux relents dangereux

Le CSAC, qui devrait être le garant du pluralisme, semble devenir l’instrument d’une lecture politique partiale de l’information. Censurer un ancien président, c’est envoyer un signal glaçant à tous ceux qui, demain, pourraient tomber en disgrâce. C’est aussi poser les bases d’un système où le silence devient plus sûr que la vérité, où les journalistes s’autocensurent par peur de sanctions, où l’on préfère ne pas savoir.

Aujourd’hui, c’est Kabila. Demain, qui ? Un opposant ? Un gouverneur ? Un évêque ? Un journaliste d’investigation ? Quand on commence à censurer sans texte, on ne sait jamais où l’on s’arrête.

La responsabilité des médias et des citoyens

Les médias se retrouvent pris en étau : entre leur devoir d’informer et leur obligation de respecter des institutions qui, elles, ne respectent plus toujours le cadre légal. Ce dilemme est dangereux, car il mine la confiance dans les règles, dans les organes de régulation eux-mêmes, et dans l’État.

La société civile, les juristes, les parlementaires, mais aussi chaque citoyen conscient de ses droits, doivent se lever face à cette dérive. Il ne s’agit pas seulement de défendre la presse. Il s’agit de défendre le droit à la vérité, le droit à la transparence, le droit à une démocratie vivante.

Nous ne pouvons pas normaliser l’arbitraire. Le rôle du CSAC est de réguler, pas de censurer. D’organiser, pas de museler. D’éclairer, pas d’obscurcir.

Aujourd’hui plus que jamais, nous avons besoin de lumière. Pas d’ordres venus dans l’ombre.

Marcel Kazanga,
Chercheur en régulation et censure des médias

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