Au Nord-Kivu, le silence persistant autour de l’hygiène menstruelle et intime expose de nombreuses jeunes filles à des risques sanitaires évitables. Patience Kyakimwa, une hygiéniste et médecin en santé au sein de l’hôpital Mon Bergé du département de la Santé sexuelle, appelle les parents à briser les tabous pour protéger la santé et la dignité des adolescentes.
Dans un entretien accordé à infosrdc.net ce vendredi 19 juin 2025, Patience Kyakimwa souligne que le tabou entourant les discussions sur les organes génitaux et la sexualité prive les jeunes filles d’informations essentielles sur leur corps, les rendant vulnérables aux infections et aux maladies liées à une mauvaise hygiène intime.
Elle insiste sur l’importance d’une éducation adéquate dès le jeune âge concernant l’hygiène menstruelle et intime.
« Il faut parler aux jeunes filles, car elles manquent d’expérience. En ignorant les règles élémentaires d’hygiène, elles risquent de déstabiliser leur flore vaginale, ce qui peut entraîner des maladies graves » , explique-t-elle.
P. Kyakimwa recommande une hygiène simple mais rigoureuse pendant et après les règles :
« Il suffit de savoir comment recueillir le sang menstruel à l’aide de serviettes hygiéniques ou de linges propres. Même après la fin des règles, des résidus peuvent encore apparaître. Il est donc utile de porter un petit mouchoir ou linge entre la vulve et le sous-vêtement. L’usage de produits cosmétiques est à éviter. »
Face au manque de communication familiale sur les questions sexuelles, de nombreux jeunes se tournent vers Internet et les réseaux sociaux. Mais cette source d’information peut être à double tranchant, avertit-elle.
« Internet est un fourre-tout. Il ne faut pas suivre aveuglément tout ce qu’on y trouve. Certaines informations peuvent être utiles, mais en cas de doute ou de problème, mieux vaut consulter un professionnel de santé », insiste-t-elle.
Elle rappelle également que certains médicaments présentés en ligne ne conviennent pas à tout le monde.
« Un médicament peut être prescrit dans un contexte médical précis. Il est donc dangereux de le recommander à quelqu’un d’autre sans avis médical. »
Enfin, Patience Kyakimwa souligne que toutes les douleurs menstruelles ne sont pas synonymes d’infection.
« Environ 30 % des femmes souffrent de dysménorrhée, souvent liée à la position du clitoris ou à la constitution physique. Dans certains cas, une grossesse peut soulager ces douleurs, mais ce n’est pas une solution universelle. Chaque femme est différente. »
L’appel de madame Patience Kyakimwa s’inscrit dans une démarche plus large visant à briser les tabous et à promouvoir une gestion hygiénique des règles au Nord-Kivu. Des initiatives locales, telles que le Familiya Bora mis en place par l’organisation Nguvu Ina Njenga, encouragent les discussions ouvertes sur la santé sexuelle et reproductive, en particulier l’hygiène menstruelle, afin de sensibiliser les jeunes filles et leurs parents à l’importance de ces questions pour leur santé et leur bien-être.
Dieumerci Matu Chub

